Depuis le Col de Jou (1125 m), ascension en deux jours du Pic du Canigou (2785 m) avec bivouac au Refuge des Mariailles. 24 km, 1300 m de D+, dernière partie proche de l'escalade. Le sommet catalan mythique, entre mer et montagne.
Après mon périple de trois semaines en solo dans les Alpes, je retrouve mon amie baroudeuse dans le petit village de Villefranche-de-Conflent. Nous planifions les premières étapes de notre expédition dans les Pyrénées et choisissons le Pic du Canigou pour notre première aventure à deux.
Nous partons du Col de Jou à 1125 m et décidons de monter avec le matériel de bivouac pour répartir ce dénivelé conséquent sur deux jours. 1300 m de D+ d’un coup reste conséquent, même pour des bons marcheurs.
Premier jour — montée au Refuge des Mariailles


Après deux heures de marche, nous arrivons déjà au Refuge des Mariailles. Nous choisissons d’y laisser notre matériel de bivouac et de faire l’ascension en une seule traite, étant tous deux de bons marcheurs. Avec le poids du matériel en moins, on entame la seconde partie de la randonnée qui nous conduit vers ce sommet mythique, perché entre la Méditerranée et le début de la chaîne.
Montée finale — l’escalade s’invite


À l’approche du sommet, la dernière partie devient plus proche de l’escalade que de la randonnée. Nous croisons et aidons quelques personnes en difficulté dans ce passage escarpé — c’est un des pièges classiques du Canigou : beaucoup de randonneurs arrivent sans avoir conscience de ce passage, et se retrouvent un peu bloqués à mi-hauteur.
Mon amie et moi sommes assez à l’aise sur ce genre de terrain et atteignons le sommet sans grande difficulté. Les aiguilles rocheuses qui encadrent le dernier couloir donnent au massif une signature granitique reconnaissable — ce n’est pas par hasard si le Canigou est visible de si loin dans le Roussillon.
Au sommet — rubans catalans et Méditerranée


Au sommet, la croix rubannée témoigne de la place du Canigou dans l’imaginaire catalan. Chaque 23 juin, le feu de la Saint-Jean est allumé ici et redistribué dans tous les villages de Catalogne — une tradition séculaire qui fait de ce sommet un véritable lieu de pèlerinage.
Par temps clair, on voit la Méditerranée, la plaine du Roussillon, et toute la chaîne pyrénéenne qui s’étire vers l’ouest. Un point de vue rare, à la croisée de la mer et de la haute montagne.
Légende — comment le Canigou a vu le jour
Une belle légende catalane raconte la naissance du sommet :
« Dieu tendit sa main droite et toucha le sol avec seulement trois doigts écartés : son pouce, son index et son majeur. Dès qu’il retira sa main, de la marque laissée par l’index naquit le Mont Olympe, de la trace du majeur surgit le Mont Sinaï, et de l’impulsion laissée au pouce s’éleva le Mont Canigou. La mer Méditerranée put alors se former. »
Difficile de rester insensible à cette poésie quand on a le sommet sous les pieds et la mer à l’horizon.
Descente et Pic du Carlit le lendemain


La descente demande autant sinon plus de vigilance que la montée. Le passage escalade se fait à reculons sur les derniers mètres, avec un mélange de bâtons et de mains. Retour à Mariailles pour récupérer le bivouac, puis redescente au Col de Jou.
Le lendemain, on enchaîne avec le Pic du Carlit en Cerdagne — deuxième journée de notre périple pyrénéen.
Infos pratiques
1300 m de D+ sur 24 km en deux jours, ou 800 m de D+ si on part des Cortalets. Comptez environ 10 heures de marche cumulée en bivouac. La saison idéale va de juin à octobre — en dehors, risque de neige tardive ou précoce sur la partie rocheuse.
Pour l’hébergement, réservation fortement recommandée au Refuge des Mariailles en été. Pour les conditions, un coup de fil à l’OT de Canigou ou directement au gardien du refuge vous donnera l’état du passage escalade et la fréquentation prévue.
Infos pratiques
Point de depart
Depuis Perpignan ou Prades, rejoindre Casteil puis monter au Col de Jou (1125 m) par la piste. Parking au col, départ de rando bien indiqué. Alternative : partir de plus haut depuis le Refuge des Cortalets (2150 m), pour une boucle beaucoup plus courte — mais on rate la moitié de l'ambiance.
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Refuge des Mariailles (FFCAM) · 1718m
Gardienné d'avril à novembre. Étape obligatoire si vous partez du Col de Jou — permet de monter léger le 2e jour. Bonne cuisine, accueil chaleureux, voisinage de vaches.
Refuge des Cortalets (FFCAM) · 2150m
Autre base possible, plus proche du sommet. Accès 4x4 possible côté nord.
Office de Tourisme (conditions a jour)
Office de Tourisme Canigou — Vernet-les-Bains
2 Rue de la Chapelle, 66820 Vernet-les-Bains
Trace Garmin
Galerie
15 photos — cliquez pour agrandir
Meteo — Vernet-les-Bains
Conditions et previsions pour l'itineraire
En montagne, les conditions changent vite. Un orage peut devenir dangereux, le brouillard desoriente, la neige residuelle allonge les passages. Avant de partir, consultez les bulletins, prevoyez une fenetre meteo stable, et en cas de doute, appelez l'Office de Tourisme ou le bureau des guides.
Apprendre a lire la meteo en montagne →Questions fréquentes
Peut-on faire le Canigou en une seule journée ?
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Oui, depuis le Refuge des Cortalets (2150 m), environ 800 m de D+, c'est la variante courte. Depuis le Col de Jou par Mariailles comme décrit ici, c'est 1300 m de D+ sur 24 km — trop long en une journée sauf entraînement sérieux. Mieux vaut bivouaquer à Mariailles.
Le sommet est-il technique ?
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La dernière partie (50-100 derniers mètres) se fait en posant les mains, cotation grimpette facile. Pas d'escalade cordée, mais il faut être à l'aise sur le rocher. On croise régulièrement des randonneurs surpris par ce passage — prudence, surtout à la descente.
Pourquoi le Canigou est-il un sommet sacré pour les Catalans ?
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Depuis le Moyen Âge, le Canigou est considéré comme le sommet sacré de la Catalogne. Chaque 23 juin, le feu de la Saint-Jean est allumé au sommet et redistribué dans tous les villages catalans. Les rubans et drapeaux à la croix sommitale sont les offrandes des pèlerins qui perpétuent cette tradition.







