Hiking3000, Le Belge Alpin
L'Aiguillette par les arêtes depuis Méolans-Revel (2610 m), hero
La-Blanche,

L'Aiguillette par les arêtes depuis Méolans-Revel (2610 m)

Une longue traversée d'arêtes dans le Massif de la Blanche, au-dessus de l'Ubaye

L'Aiguillette (2610 m), dans le Massif de la Blanche au-dessus de Seyne-les-Alpes, mais par la variante costaud : depuis Méolans-Revel, côté Ubaye, avec près de 5 km d'arêtes effilées avant le sommet. 24 km, 2046 m de D+, des passages aériens où il faut poser les mains, et une chaleur d'enfer. Une grosse journée de montagne, à faire avec le pied sûr.

L’Aiguillette (2610 m) est un sommet discret du Massif de la Blanche, au-dessus de Seyne-les-Alpes, à la charnière entre les Préalpes de Digne et l’Ubaye. La plupart des randonneurs le gravissent tranquillement côté Seyne, par la Crête des Gliérettes ou le Col de Bernardez. Moi, j’y suis monté autrement : depuis Méolans-Revel, côté Ubaye, par une longue enfilée d’arêtes qui transforme la balade en grosse journée de montagne.

La veille, j’avais fait un grand vol en parapente au-dessus du lac de Serre-Ponçon, invité par un ami moniteur du club Les Ailes du Lac. Si le ciel vous tente, la vidéo du vol est ici. J’ai dormi dans mon van sur le parking du décollage. Cette traversée d’arêtes vers l’Aiguillette, c’est lui qui m’en avait parlé il y a deux ans déjà, lors d’un premier passage pour voler avec lui. Le soir venu, je l’ai planifiée pour de bon, et au matin, je suis parti.

Du fond de vallée aux premières crêtes

On démarre tranquille, sous les arbres, au fond de la vallée
On démarre tranquille, sous les arbres, au fond de la vallée
Un genêt en fleur capte le soleil sur le sentier
Un genêt en fleur capte le soleil sur le sentier

Départ au fond de la vallée, vers 1272 m, dans une forêt encore fraîche à cette heure. Comme d’habitude, je n’avais pas choisi le chemin le plus simple : plutôt que la voie roulante côté Seyne, j’ai attaqué bas, côté Ubaye, pour aller chercher la crête par en dessous.

La montée traverse les bois de mélèzes, puis débouche sur les alpages. Le terrain se redresse, les barres rocheuses se rapprochent, et un premier col ouvre enfin la vue sur la suite. C’est là que le vrai morceau commence.

Cinq kilomètres d’arêtes effilées

Un cairn sur l'arête, le regard porte loin sur les massifs
Un cairn sur l'arête, le regard porte loin sur les massifs
Le fil de l'arête file droit vers la pointe
Le fil de l'arête file droit vers la pointe

Et là, c’est juste exceptionnel. On enchaîne près de 5 km d’arêtes et de pics, sur du terrain vraiment effilé, avec du vide à droite et à gauche. Le sentier n’est pas toujours là : il faut suivre les cairns, lire le rocher, et trouver les bonnes trajectoires pour éviter les passages trop raides. Par endroits, ça se redresse et il faut poser les mains. Ça reste accessible, mais c’est aérien, et il y a du gaz : ça ne rigole pas.

Ajoutez à ça une chaleur écrasante, sans une goutte d’eau sur la crête, et vous comprenez pourquoi je conseille de partir avec les réservoirs pleins. C’est le genre de terrain où il faut surtout un bon esprit montagnard : savoir où on met les pieds, rester lucide, et ne pas s’entêter dans une ligne mal engagée.

À garder en tête : ces arêtes ne sont pas une promenade. Le tracé est discret, l’exposition réelle, et une glissade au mauvais endroit peut être grave. Pas de vertige, des chaussures qui tiennent, et de la marge dans la tête. Au moindre doute sur la météo ou la forme, la voie normale côté Seyne est bien plus sage.

Le final sur L’Aiguillette, 2610 m

La pente se redresse vers les bosses du haut
La pente se redresse vers les bosses du haut
La croix posée sur le rocher, point haut atteint
La croix posée sur le rocher, point haut atteint

Au bout des arêtes, le sommet se mérite encore : l’ascension finale reprend dans les 150 à 200 derniers mètres, sur un terrain franchement technique. Là, c’est un peu casse-gueule, il faut savoir ce qu’on fait, parce qu’il faudra redescendre par le même genre de passages, et la descente est plus chaude que la montée. J’ai connu quelques instants pas tout à fait sur les fesses, mais presque.

Et puis la croix apparaît, posée sur le rocher. L’Aiguillette culmine à 2610 m, et de là-haut, le panorama est à tomber par terre : tout l’Ubaye d’un côté, les Préalpes de Digne de l’autre, une vue à 360 sur un océan de crêtes. Pour le coup, on oublie vite la sueur de la montée.

La descente replonge sur la crête puis dans la forêt, les jambes bien entamées par les 2046 m de dénivelé. Une superbe journée, exigeante du début à la fin, exactement le genre de course sauvage que j’aime aller chercher. Dans le même esprit, deux jours plus tôt, c’était le Pic de Bure par la Combe d’Aurouze, pas si loin de là.

Infos pratiques

24,23 km, 2046 m de D+, sommet à 2610 m, bouclés en 9h04 (mon temps réel sur la trace, du départ au retour). Le gros morceau, ce sont les 5 km d’arêtes : du hors-sentier aérien, avec prises de mains et orientation aux cairns. Adaptez à votre rythme, ce n’est pas une course.

Matériel : bonnes chaussures de montagne et bâtons, pas besoin de corde sur cette ligne, mais un pied sûr et zéro vertige. Eau en quantité (2,5 à 3 litres), la crête est plein soleil et sans point d’eau. Partez tôt par forte chaleur. Sur la cotation E/T/R, je classe ma variante en effort élevé, technicité et risque notables : ce n’est pas la sortie familiale du sommet, c’est sa version engagée.

Et si vous voulez la jouer plus tranquille, l’Aiguillette se gravit très bien côté Seyne-les-Alpes, par la Crête des Gliérettes ou le Col de Bernardez. Même sommet, même panorama, beaucoup moins d’engagement.

Infos pratiques

Point de depart

On rejoint Méolans-Revel par la vallée de l'Ubaye, entre Le Lauzet et Barcelonnette. Attention, c'est le départ côté Ubaye, qui n'est pas l'accès classique de l'Aiguillette : la voie normale du sommet se prend plutôt côté Seyne-les-Alpes, par la Crête des Gliérettes ou le Col de Bernardez, bien plus roulante. Côté Ubaye, on attaque bas et on enchaîne les arêtes.

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Questions fréquentes

L'Aiguillette, c'est difficile ?

+

Ça dépend entièrement de la voie. Par le versant de Seyne-les-Alpes (Crête des Gliérettes ou Col de Bernardez), c'est une randonnée d'effort modéré, accessible à un bon marcheur. Par ma variante depuis Méolans-Revel, côté Ubaye, c'est une tout autre histoire : 24 km, 2046 m de dénivelé et près de 5 km d'arêtes effilées avec des passages aériens. Là, il faut le pied montagnard et l'habitude de l'exposition.

Faut-il du matériel d'escalade pour les arêtes ?

+

Non, pas de corde ni de baudrier sur l'itinéraire que j'ai suivi : ça reste de la marche et du rocher facile, avec les mains posées de temps en temps. Mais c'est aérien, le sentier est par endroits inexistant, et une glissade au mauvais endroit ne pardonne pas. Bonnes chaussures de montagne, bâtons, et surtout pas de vertige. Si vous n'êtes pas à l'aise hors sentier, prenez la voie normale côté Seyne.

Combien d'eau faut-il prévoir ?

+

Beaucoup. Les arêtes sont en plein soleil, sans un point d'eau, et il faisait une chaleur écrasante le jour où je l'ai faite. Sur une journée pareille, je conseille au moins 2,5 à 3 litres par personne, et de partir tôt pour éviter les heures les plus chaudes sur la crête.

Comment s'oriente-t-on sur la crête ?

+

Au flair et aux cairns. Le tracé n'est pas balisé et le sentier disparaît souvent sur le fil. Il faut lire le terrain, repérer les cairns et choisir les bonnes trajectoires pour éviter les passages trop raides. Une trace GPS aide, mais elle ne remplace pas le sens de la montagne. C'est aussi ce qui fait tout le sel de cette traversée.

Peut-on combiner avec du parapente à Serre-Ponçon ?

+

Le coin s'y prête à merveille, c'est d'ailleurs comme ça que je suis arrivé là : la veille, j'avais fait un grand vol en parapente au-dessus du lac de Serre-Ponçon, tout proche. Entre le lac, les sommets de l'Ubaye et la Blanche, il y a de quoi remplir un beau week-end, en l'air comme à pied.

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