Le Pic de Bure (2709 m), point culminant du Dévoluy, par la voie sauvage de la Combe d'Aurouze et de la Combe de Mai, depuis Montmaur. 14,6 km, 1384 m de D+ dont une bonne partie très raide, névés début de saison qui imposent crampons et piolet, et l'observatoire radio du plateau au sommet. Une vraie course de montagne, loin de la foule.
Le Pic de Bure, c’est le toit du Dévoluy : 2709 m, un immense plateau calcaire suspendu au-dessus des Alpes du Sud. La plupart des gens le montent par la voie touristique, côté plateau. Nous, on a choisi l’autre versant : la Combe d’Aurouze et la Combe de Mai, depuis Montmaur. Plus raide, plus sauvage, et à peu près désert.
J’étais de nouveau avec Thibault. Après le col des Aiguilles deux jours plus tôt, on a clairement changé de catégorie : 1384 m de dénivelé, dont l’essentiel avalé sur à peine 4,5 km. Autant dire que ça monte droit. Pour seulement sa deuxième randonnée, chapeau, parce que ce n’était pas une mise en jambes.
Le versant sauvage, et la chaleur


Départ depuis Montmaur, au pied de la Combe d’Aurouze. On entre vite dans une belle forêt de mélèzes, puis le terrain se redresse. Et il faisait une chaleur écrasante : on a transpiré comme des bœufs dès les premières pentes, le genre de journée où l’eau file trop vite.
Le décor, lui, vaut le détour. Ce versant sud est minéral, austère, avec ses combes raides cernées de barres calcaires. Et le grand luxe : il n’y a personne. Sur tout l’itinéraire, on n’a quasiment croisé âme qui vive.
1400 mètres d’un coup, et la neige


Plus on monte, plus ça se corse. Le terrain est par endroits instable, et surtout, en haut, on est tombés sur un grand névé bien raide. Pas le genre qu’on traverse les mains dans les poches : on a chaussé les crampons et sorti le piolet. En cette mi-juin, à cette altitude, la montagne sortait à peine de l’hiver.
Sérieusement : sans crampons ni piolet, ce passage est à proscrire en début de saison. On a vu des randonneurs s’engager sans matériel, hésiter, et faire demi-tour. Une glissade sur une pente de neige dure ne pardonne pas. Renseignez-vous sur l’enneigement avant de partir.
C’est ce qui a rendu la journée aussi belle qu’exigeante : un vrai petit goût de course de montagne, avec la satisfaction qui va avec quand le dôme sommital finit par se laisser approcher.
Au sommet, le toit du Dévoluy


Le sommet du Pic de Bure n’est pas une pointe, mais un vaste plateau karstique, lunaire, parsemé de névés. On marche sur ce désert minéral jusqu’à la table d’orientation, et là, le panorama explose : tout le Dévoluy en contrebas, et au loin la longue ligne des Alpes du Sud, jusqu’aux Écrins. Pour 2709 m, on se croirait bien plus haut.
L’observatoire du plateau de Bure


Petite curiosité qui détonne dans ce décor sauvage : sur le plateau se dressent de grandes antennes blanches. C’est l’observatoire du plateau de Bure, alias NOEMA, opéré par l’IRAM. Un interféromètre radio millimétrique parmi les plus puissants d’Europe, dont les paraboles scrutent l’univers froid et lointain, la matière des nuages de gaz, la formation des étoiles et des galaxies.
Perché à plus de 2500 m pour fuir les perturbations atmosphériques, le site n’est pas ouvert au public et se rejoint par un téléphérique vertigineux. Voir ces machines de pointe posées au milieu du caillou et de la neige, ça a quelque chose d’irréel.
Descente, et bravo Thibault


La descente replonge dans les combes puis dans la forêt de mélèzes, les jambes bien entamées par les 1384 m de dénivelé. Pour une deuxième randonnée, Thibault a frappé fort, et il a tenu sans broncher. C’est exactement ce que j’aime transmettre : commencer accessible, puis aller chercher des sommets qui marquent. Celui-là restera.
Infos pratiques
14,6 km, 1384 m de D+, sommet à 2709 m. Comptez 6h à 7h à un rythme raisonnable (je l’ai fait plus vite, mais c’est une grosse journée). L’essentiel du dénivelé se fait sur environ 4,5 km, donc ça grimpe très fort. Bonnes chaussures montagne, bâtons, et en début de saison crampons + piolet obligatoires pour le névé sommital.
Cette voie par la Combe d’Aurouze et la Combe de Mai (depuis Montmaur) est nettement plus dure et plus sauvage que la voie touristique côté plateau. Eau en quantité par forte chaleur. Pour l’enneigement et les conditions, appelez l’Office de Tourisme du Dévoluy avant de partir. Et si la neige est encore là sans le matériel adéquat, renoncez : le demi-tour est toujours une option intelligente.
Infos pratiques
Point de depart
Depuis Gap, rejoindre Montmaur puis le hameau et la piste qui remonte vers la Combe d'Aurouze (vers 1366 m). C'est le versant sud, sauvage, du Pic de Bure, à ne pas confondre avec l'accès touristique côté plateau et observatoire. Route de montagne, dernier tronçon en piste.
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Trace GPS partielle
Ma trace Garmin affiche 3h26 en mouvement, mais c'était à bon rythme et avec une partie en neige. Pour une journée complète avec les pauses, le sommet et la prudence dans les névés, comptez plutôt 6h à 7h.
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Quelques images de la sortie
Meteo, Le Dévoluy
Conditions et previsions pour l'itineraire
En montagne, les conditions changent vite. Un orage peut devenir dangereux, le brouillard desoriente, la neige residuelle allonge les passages. Avant de partir, consultez les bulletins, prevoyez une fenetre meteo stable, et en cas de doute, appelez l'Office de Tourisme ou le bureau des guides.
Apprendre a lire la meteo en montagne →Questions fréquentes
Faut-il crampons et piolet pour cette voie ?
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En début de saison, oui. Mi-juin, il restait un grand névé raide sous le sommet : sans crampons ni piolet, c'est non, et on a vu des gens faire demi-tour faute de matériel. Plus tard dans l'été, la neige fond et le problème disparaît. Renseignez-vous sur l'état d'enneigement auprès de l'Office de Tourisme du Dévoluy avant de partir.
Quelle différence avec la voie touristique du Pic de Bure ?
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La voie classique monte côté plateau, plus roulante, près de l'observatoire. Là, j'ai pris la Combe d'Aurouze et la Combe de Mai depuis Montmaur, sur le versant sud : beaucoup plus raide (1384 m de D+, dont une grosse partie sur 4,5 km), plus sauvage, et quasiment personne. C'est plus dur, mais autrement plus beau.
C'est accessible à un randonneur débutant ?
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Honnêtement, non, pas par ce versant. Je l'ai fait avec un ami qui en était à sa deuxième randonnée seulement, et il s'en est très bien sorti, mais c'était une grosse journée avec de la neige et du dénivelé raide. Pour découvrir le Pic de Bure en douceur, mieux vaut la voie touristique, hors période d'enneigement.
C'est quoi les grandes antennes au sommet ?
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C'est l'observatoire du plateau de Bure (NOEMA, opéré par l'IRAM), un interféromètre radio millimétrique parmi les plus puissants d'Europe. Ses antennes scrutent l'univers froid et lointain (nuages de gaz, formation des étoiles et des galaxies). Le site n'est pas ouvert au public et il est desservi par un téléphérique vertigineux.
















