Depuis le Cormet de Roselend (1950 m), 900 m de dénivelé pour atteindre la Pointe de la Terrasse (2881 m). Passeur de Pralognan, pente terre raide, pierrier instable et quelques pas d'escalade II pour une vue imprenable sur le Mont Blanc côté italien. Réservé aux montagnards expérimentés.
En cette fin de juin 2025 particulièrement chaude, j’ai décidé de prendre un peu d’altitude avec mon van pour échapper à la fournaise des vallées. Rien de tel qu’une nuit à 2000 mètres, au frais, pendant que d’autres suffoquent à 25°C dès la tombée du jour. Je suis retourné du côté du lac de Roselend et du Cormet, un coin que j’avais découvert l’année passée en venant faire la via ferrata du Roc du Vent — une pépite des Alpes, que j’ai d’ailleurs refaite la veille.
Il me fallait maintenant un sommet pour le site, quelque chose de pas trop long (je viens tout juste de revenir dans les Alpes), mais avec un peu d’engagement. En fouillant les cartes, je tombe sur la Pointe de la Terrasse. Quelques recherches plus tard, je suis convaincu : 900 m de dénivelé, terrain technique, peu fréquentée… exactement ce que je cherche.
Soyez prévenus : cette randonnée n’est pas anodine. Elle s’adresse à des randonneurs expérimentés, équipés, avec un vrai pied montagnard.
Approche par le Cormet — tranquille


Les deux premiers tiers sont presque des vacances : piste large, alpages du Beaufortain, marmottes qui sifflent à chaque détour. Le Mont Blanc se dévoile en arrière-plan et vous accompagne pour le reste de la journée. On arrive sans effort au plateau d’approche, le genre de portion qui fait croire qu’on va passer une journée peinarde.
Le Passeur de Pralognan — ça commence à chauffer


La montée jusqu’au Passeur de Pralognan, un col qui marque le début des choses sérieuses, se fait dans une pente raide et rocheuse. Quand il y a de la neige, ce passage devient potentiellement dangereux. Ce jour-là, la canicule avait tout dégagé, mais s’il reste de la neige, il faudra au minimum crampons et piolet — et encore, je ne suis pas sûr que ce soit possible. C’est raide, ce n’est plus de la rando.
Au col, la magie opère : le Mont Blanc se révèle plein cadre, dantesque. C’est une des plus belles vues que j’ai sur ce massif, et je comprends alors pourquoi on s’est donné tant de mal.
Pierrier instable et désescalade à prévoir
Après le col, l’ambiance devient plus engagée. Le sentier disparaît par endroits, remplacé par des pentes de terre raides, sur lesquelles j’ai dû tailler des petites marches pour caler mes appuis sur certains passages. Ensuite vient un pierrier très instable, pas trop difficile à la montée, mais bien plus piégeux à la descente. Il faut avoir un pied sûr, une vraie lecture de terrain, et de quoi improviser : pas de cairns ici (ils ne tiendraient pas), c’est à vous de tracer votre ligne et d’anticiper la stabilité de chaque pas.
J’avais pris un piolet, qui m’a pas mal servi à la descente. Les bâtons ne sont d’aucun secours si vous glissez — c’est une info utile à avoir avant de partir, pas en cours de glissade.
Les 50 derniers mètres — un peu d’escalade


Les 50 derniers mètres demandent de mettre un peu les mains. C’est de l’escalade facile, cotation II, mais ça reste de la grimpette dans un décor alpin, avec une belle sensation d’exposition. Rien de technique au sens baudrier-corde, mais il faut être à l’aise avec l’idée de passer d’un pied main à l’autre.
Et quelle récompense ! Au sommet, la vue se déploie sur les Aravis et les massifs voisins, la Vanoise, l’Italie, une vue à couper le souffle sur la partie italienne du massif du Mont Blanc, les Écrins au loin, le tout dans une ambiance presque minérale. On se croirait au beau milieu d’une course alpine, bien plus haut qu’on ne l’est vraiment. C’est ce genre de sommet qui ne paie pas de mine sur la carte… mais qui laisse un vrai souvenir.
Au sommet, un détail m’a marqué : une croix commémorative gravée au nom d’Ondřej Tabarka (25.8.2021). Un rappel que ce terrain, même en été sec, reste exigeant. Un instant de pensée, et on redescend avec un peu plus de concentration.
Anecdote — le Passeur de Pralognan
Le col que l’on atteint s’appelle le Passeur de Pralognan, et ce nom ne vient pas de nulle part : autrefois, les bergers et chasseurs de la région utilisaient ce passage pour franchir discrètement la crête, souvent chargés… de contrebande. Le terme passeur évoque ceux qui guidaient hommes ou marchandises à travers les cols les plus escarpés, loin des regards. Aujourd’hui encore, quand on grimpe dans ce décor raide et sauvage, on comprend pourquoi seuls les montagnards aguerris s’y risquaient.
Infos pratiques
930 m de D+, 10 km, comptez 5 à 6 heures si vous êtes à l’aise sur le terrain, plus si vous prenez votre temps dans le pierrier. Pas pour débutants, même bien intentionnés : le Passeur + le pierrier + l’escalade au sommet font trois points techniques qui se cumulent. Si vous doutez sur un seul, ce n’est pas la rando de votre été.
Pour les conditions (notamment la persistance de la neige au Passeur), un coup de fil à l’Office de Tourisme du Beaufortain est essentiel en début de saison. Et si vous cherchez un plan B plus facile le même jour, le tour du lac de Roselend par le barrage offre une belle balade contemplative sans aucune technicité.
Infos pratiques
Point de depart
Depuis Beaufort ou Bourg-Saint-Maurice, monter au Cormet de Roselend via la D925 (route superbe en belvédère sur le barrage). Se garer au parking du Cormet (1950 m). Attention : parking restreint en pleine saison, arriver tôt ou prévoir un plan B. J'ai dormi sur place dans mon van la veille, tranquille.
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Office de Tourisme du Beaufortain — Beaufort
Grande Rue, 73270 Beaufort
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Meteo — Beaufort-sur-Doron
Conditions et previsions pour l'itineraire
En montagne, les conditions changent vite. Un orage peut devenir dangereux, le brouillard desoriente, la neige residuelle allonge les passages. Avant de partir, consultez les bulletins, prevoyez une fenetre meteo stable, et en cas de doute, appelez l'Office de Tourisme ou le bureau des guides.
Apprendre a lire la meteo en montagne →Questions frequentes
La rando est-elle faisable sans matériel particulier ?
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En été sec, oui : bons chaussants de rando, bâtons utiles, et éventuellement un piolet pour la descente du pierrier. Si un peu de neige persiste au Passeur de Pralognan, il faut crampons + piolet + technique — voire renoncer. Ce n'est plus de la rando là-dedans.
Quel niveau d'escalade au sommet ?
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Les 50 derniers mètres sont en II (escalade facile), avec une belle exposition. Aucune technique de corde nécessaire, mais il faut être à l'aise sur le rocher et savoir désescalader. Si vous hésitez sur du II, arrêtez-vous avant la dernière section.
Pourquoi cette rando est-elle peu fréquentée ?
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Elle n'est pas anodine : 900 m de D+ sur terrain raide, passage technique au passeur, pierrier piégeux à la descente, puis escalade au sommet. Beaucoup de randonneurs la regardent sur la carte et choisissent autre chose. Ceux qui la font y retrouvent un Beaufortain sauvage et vraiment silencieux.














