Depuis le parking de la Chenalette à Valmeinier, 1570 m de dénivelé pour atteindre le Mont Thabor (3178 m). Vallon doux, puis un long névé raide avant le col, et enfin un panorama dantesque sur les Écrins, la Vanoise et le Queyras.
Cela faisait un moment que je convoitais ce sommet, faute d’opportunités les années précédentes. En juillet 2024, le calendrier s’est enfin aligné : une semaine en haute Maurienne pour explorer les via ferrata du secteur avec un ami, l’occasion d’emmener mon binôme de montagne et une amie de passage dans la région. On en a profité pour caler ce Mont Thabor, niché entre la Vanoise et les Écrins.
On part du parking de la Chenalette au-dessus de Valmeinier (1747 m). Sur le papier, le dénivelé est dur — 1570 m — mais étalé sur 24 km, la pente est plutôt douce sur une grande partie du parcours. Quelques jours auparavant j’étais encore dans les Pyrénées, et la différence de configuration est notable : ici, la montée se mérite surtout par la distance et l’altitude, moins par l’inclinaison.
Le vallon doux, première moitié


Les premières heures sont presque reposantes : un beau vallon alpestre, des bergeries en pierre, des ruines du XIXᵉ, un torrent qu’on franchit sur une passerelle de bois. Les sommets enneigés qu’on devine au fond paraissent encore lointains. On marche d’un bon pas, le genre de portion où on s’embête à regarder sa montre parce que le paysage fait le boulot tout seul.
Plateau et lacs d’altitude


Vers 2500 m, le décor change de caractère. Un petit lac intermédiaire sert de repère naturel — on s’arrête, on boit, on regarde. Derrière, le plateau s’élève, les pierres remplacent l’herbe, et on aperçoit déjà la barre rocheuse qui précède le col. C’est le moment où le Refuge du Mont Thabor devient une option à considérer pour ceux qui veulent fractionner — on y arrive à peu près à mi-journée.
Le grand névé, passage clé


Avant d’atteindre le col, un très long névé incliné représente un défi certain. Nous étions le 18 juillet, et il restait encore du gros : il suffit de suivre la trace des randonneurs précédents et de bien planter les pieds, mais un faux pas peut rapidement entraîner une chute. Sans rocher pour freiner la descente, ce serait comme une glissade en luge, mais avec des conséquences potentiellement graves — hélico et PGHM à la clé.
Je ne peux que vous conseiller de bien vous renseigner sur les conditions des névés, d’attendre la fin de saison ou d’emporter un piolet (à condition de savoir l’utiliser). Nous l’avons fait sans matos, mais j’étais avec deux personnes qui ont le pied montagnard et la technique de marche en névé. Sans ça, l’ambiance devient vite inconfortable.
Au sommet — panorama dantesque


Mais quelle récompense ! La vue est tout simplement extraordinaire. Le panorama sur le massif des Écrins est dantesque, comme je ne l’avais jamais vu auparavant. En se retournant, la Vanoise se dévoile avec la magnifique Dent Parrachée, le Dôme et l’Aiguille de Péclet-Polset un peu plus à gauche, et plus à droite, le Queyras avec le pic de Rochebrune, magique tel une stalagmite défiant les sommets environnants. L’Italie se révèle aussi sous nos yeux.
Nous avons eu la chance de choisir l’un des jours les plus chauds de l’été, ce qui nous a permis de rester en t-shirt au sommet pendant une bonne heure et demie. Ne prenez pas cette indication comme une promesse : je vous recommande quand même de prévoir le système des trois couches — presque 3200 m, par temps plus classique, c’est du froid cinglant.
Redescente et retour au vallon


La descente se fait par le même itinéraire, avec deux précautions : le névé qui piège plus à la descente qu’à la montée (on va plus vite, on relâche l’attention, et la glissade arrive sur les mollets fatigués), et la longueur. Gérer ses cuisses sur les 1570 m qui se déroulent dans l’autre sens demande un peu de discipline si on ne veut pas finir en marche quadriceps-bloqués.
On retrouve le vallon vert en toute fin de journée, les derniers rayons rasants sur les versants — le genre d’ambiance qui clôture bien une grosse journée.
Infos pratiques et sécurité
Ce n’est pas une sortie pour débutants. 1570 m de D+, 24 km, altitude 3178 m, et un passage clé sur névé qui change radicalement de difficulté selon la saison. Comptez 9 à 10 heures avec les pauses, prévoyez de partir tôt (départ avant 7h l’été, pour finir le névé avant qu’il ramollisse l’après-midi).
Pour les conditions (état du névé, trace, enneigement tardif), un coup de fil à l’Office de Tourisme de Valmeinier ou au gardien du Refuge du Mont Thabor est plus fiable que n’importe quelle météo en ligne. Si vous hésitez, dormir au refuge et attaquer le col au lever du jour, sur névé encore gelé, reste la solution la plus propre techniquement.
Infos pratiques
Point de depart
Depuis Saint-Michel-de-Maurienne, prendre la D1006 puis la D902 vers Valloire, puis la D1Bis en direction de Valmeinier. Suivre Valmeinier 1800, puis la piste qui monte au parking de la Chenalette (1747 m, parfois appelé parking des Mottets). Dernier kilomètre en piste carrossable, voiture basse possible en conduisant prudemment.
Trace GPX
Importez la trace GPS dans votre montre ou application (Garmin Connect, Komoot, Gaia GPS, Iphigenie...).
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Refuge du Mont Thabor (FFCAM) · 2502m
Idéal pour fractionner l'ascension en deux jours. Gardienné mi-juin à mi-septembre. Permet d'attaquer le sommet au lever du jour, plus sûr pour les névés en début de saison.
Office de Tourisme (conditions a jour)
Office de Tourisme de Valmeinier
Chef-Lieu, 73450 Valmeinier
Trace Garmin
Galerie
30 photos — cliquez pour agrandir
Meteo — Valmeinier
Conditions et previsions pour l'itineraire
En montagne, les conditions changent vite. Un orage peut devenir dangereux, le brouillard desoriente, la neige residuelle allonge les passages. Avant de partir, consultez les bulletins, prevoyez une fenetre meteo stable, et en cas de doute, appelez l'Office de Tourisme ou le bureau des guides.
Apprendre a lire la meteo en montagne →Questions fréquentes
Le Mont Thabor par Valmeinier peut-il se faire en un jour ?
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Oui, mais c'est une grosse journée : 1570 m de D+, 24 km, 9h à 10h en moyenne. Il faut être rodé à ce format. L'alternative sereine, c'est de couper en deux en dormant au Refuge du Mont Thabor (2502 m).
Faut-il un piolet pour monter au Thabor ?
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Tout dépend de la saison. Avant fin juillet, un long névé raide précède le col : un piolet + la technique pour s'en servir sont fortement recommandés pour stopper une chute. Fin août-septembre, le névé a fondu et ça passe en chaussures de rando. Renseignez-vous au refuge ou à l'OT avant de partir.
D'où vient le panorama réputé du Mont Thabor ?
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Le sommet est planté entre deux parcs nationaux — la Vanoise et les Écrins. À 3178 m, on voit à 360° : Écrins (Meije, Barre, Pelvoux), Vanoise (Dent Parrachée, Dôme et Aiguille de Péclet-Polset), Queyras (Pic de Rochebrune) et jusqu'à l'Italie. Un des panoramas les plus complets du secteur.




















