Depuis le vallon de Narreyroux, 1400m de D+ pour un sommet à peine sous la barre des 3000m, avec un final câblé et un panorama qui dévoile la Barre, les Bans et le Pelvoux quand les nuages daignent s'écarter. Idéal pour un randonneur confirmé qui cherche un sommet calme en haute saison.
Après une semaine intense de road trip spécial via ferrata avec Victor et Aude, il fallait remettre les bottes dans du sérieux. La montagne, la vraie — celle où l’on sent les cuisses chauffer sur les 1000 derniers mètres, où le sommet se mérite.
Ce soir, je retrouve une amie à Vallouise pour lui faire découvrir la montagne en mode rando alpine + via ferrata. Mais j’avais encore une journée devant moi et l’envie de prendre un peu d’altitude en solo. En épluchant les cartes du secteur, je tombe sur La Blanche, un sommet qui culmine à 2953 m. Pas tout à fait un 3000, mais on ne va pas chipoter pour 47 mètres. Je la classe sans remords dans mes “3000” — elle les mérite amplement. Même topo pour le dénivelé : 1400 et des poussières ? Hop, dans la catégorie 1500 D+, c’est tout aussi mérité.
Départ sous la brume


La rando commence sous un ciel bas. Les nuages stagnent, la brume monte par vagues silencieuses. Une ambiance que j’adore : mystérieuse, feutrée, presque méditative. Je monte seul, enveloppé dans cette ouate, et je me dis que le sommet sera probablement bouché.
Les premiers kilomètres s’enchaînent dans les mélèzes, puis dans les alpages. Pas grand monde, quelques randonneurs solitaires, un troupeau de chèvres et de brebis qui encombre le sentier sans s’inquiéter de ma présence. Le vallon de Narreyroux porte bien son caractère : large, long, silencieux. On laisse vite Vallouise derrière, avalé par les nuages.
Le cirque et la crête intermédiaire


Plus haut, le vallon bascule dans le minéral. Cirque vaste, moraine, pierriers stables. Un petit lac d’altitude offre une pause — l’eau parfaitement immobile reflète ce qu’on veut bien voir. Les aiguilles caractéristiques du secteur émergent puis disparaissent au rythme des nuages. On ne sait jamais ce qui va se passer la minute suivante, et c’est très bien comme ça.
Le pas câblé et la crête finale


L’itinéraire est alpin, mais sans grosse difficulté technique. Un petit pas d’escalade juste avant le sommet, équipé d’un câble. Rien de bien méchant pour un habitué — quelques mètres à assurer, prises franches, câble fiable. Mais je déconseille de venir ici sans une certaine aisance sur le terrain montagne : c’est le type de passage où une chute coûte cher.
Le rideau se lève sur les Écrins


Et puis surprise : en arrivant sur la crête finale, les Écrins se dévoilent d’un coup, comme une scène de théâtre où le rideau se lève. La Barre, les Bans, le Pelvoux — tout est là. Majestueux.
Franchement, c’est toujours plus beau avec quelques nuages bien placés qu’un grand ciel bleu uniforme. La montagne a plus de relief, de caractère, les sommets surgissent et disparaissent, chaque minute offre une vue différente. Je reste là un bon moment, à manger, à regarder les échappées, à laisser le vent dissiper ce qu’il peut.
Pas trop de monde sur le chemin malgré la haute saison — le 14 juillet, et le sommet est calme. Le camping d’Ailefroide est bien plein, les vans se serrent comme des sardines à Pelvoux, mais ici, sur les hauteurs de Vallouise, c’est encore relativement paisible. Et tant mieux : je savoure ces moments où la montagne ne bruisse que de mes pas et du vent.
Anecdote historique — un sommet frontalier discret
La Blanche fait partie de ces sommets discrets mais stratégiques. Elle marque la frontière entre le vallon de Narreyroux et la haute vallée de Vallouise, deux voies anciennes utilisées depuis des siècles par les bergers et les colporteurs. Le nom même de “La Blanche” pourrait venir des névés persistants qu’on y trouvait jadis jusqu’à la fin de l’été.
D’après les anciens du coin, certains sommets comme celui-ci étaient autrefois gravis par les douaniers pour repérer les contrebandiers qui circulaient entre la France et le Piémont, via les cols secondaires. Aujourd’hui, seuls les randonneurs alpins s’y aventurent — et encore, pas beaucoup.
Redescente et rencontre en vol


La redescente se fait dans le même camaïeu minéral, les nuages qui montent et descendent. Sur le replat intermédiaire, surprise : un parapentiste profite d’une fenêtre pour décoller face à Vallouise, sous le regard de sa compagne assise dans l’herbe. On échange un bonjour, on observe le décollage, on se dit que chacun a sa façon d’embrasser la montagne. Moi c’est les pieds. Eux c’est la voile. Au fond, même plaisir.
Infos pratiques
Ce n’est pas une sortie pour débutants. 1400 m de D+, altitude 2953 m au sommet, un pas câblé — il faut de la condition, de l’aisance en terrain alpin, et savoir renoncer si le temps tourne vraiment.
Pour les conditions précises (enneigement tardif, état du câble, niveau du sentier après un gros orage), un coup de fil à l’Office de Tourisme du Pays des Écrins à Vallouise donne toujours plus d’infos qu’un site web. Ils connaissent leurs montagnes et savent quand une sortie vaut le coup ou pas.
Infos pratiques
Point de depart
Depuis Vallouise, remonter la D994 puis suivre direction Les Choulières / Narreyroux. Parking au bout de la piste carrossable vers 1600 m. Se remplit tôt en été, arriver avant 8h ou utiliser le covoiturage depuis Vallouise village.
Trace GPX
Importez la trace GPS dans votre montre ou application (Garmin Connect, Komoot, Gaia GPS, Iphigenie...).
Se connecter pour telechargerOffice de Tourisme (conditions a jour)
Office de Tourisme du Pays des Écrins — Vallouise
Place de l'Église, 05290 Vallouise-Pelvoux
Trace Garmin
Galerie
17 photos — cliquez pour agrandir
Meteo — Vallouise
Conditions et previsions pour l'itineraire
En montagne, les conditions changent vite. Un orage peut devenir dangereux, le brouillard desoriente, la neige residuelle allonge les passages. Avant de partir, consultez les bulletins, prevoyez une fenetre meteo stable, et en cas de doute, appelez l'Office de Tourisme ou le bureau des guides.
Apprendre a lire la meteo en montagne →Questions frequentes
La Blanche est-elle accessible aux débutants ?
+
Non. Malgré 2953m (pas tout à fait un 3000), 1400m de D+ et un petit pas d'escalade câblé juste avant le sommet demandent une bonne condition physique et une aisance sur terrain alpin. Pour randonneurs confirmés.
À quoi sert le câble près du sommet ?
+
Un court pas d'escalade (quelques mètres) équipé d'un câble permet de franchir un ressaut rocheux juste sous le sommet. Rien de véritablement technique pour qui connaît le terrain montagne, mais déconseillé aux débutants en alpinisme.
Quelle est la meilleure période pour La Blanche ?
+
De mi-juillet à mi-septembre. Avant, des névés persistent sur la crête finale. Après, le terrain peut enneiger rapidement et rendre le câble inaccessible.
Le sommet est-il bondé en haute saison ?
+
Étonnamment calme. Même le 14 juillet, le sentier reste peu fréquenté malgré la popularité des Écrins. Vallouise attire la foule, mais La Blanche reste discrète.







