Depuis le hameau de l'Écot à Bonneval-sur-Arc, une longue montée au Refuge du Carro puis au col (3149m) qui veille sur la frontière italienne. Lacs d'altitude, moraine et forêt de cairns.
Deuxième journée de notre semaine en Haute Maurienne avec mon binôme de montagne, la veille on a attaqué par la Pointe de Tierce. Aujourd’hui, on reste dans le même coin, mais on change de vallée : direction L’Écot, petit hameau perché dans le vallon de la Duis au cœur du Parc national de la Vanoise, pour viser le Col du Carro à 3149 m.
On se gare au parking de l’Écot (7€ la journée en été — pas donné, mais ça marche correctement), qui fait aussi terminus de la navette saisonnière depuis Bonneval-sur-Arc si vous préférez laisser la voiture en bas. Le hameau est typiquement savoyard : quelques chalets, des fermes encore en activité, une ambiance authentique qui donne tout de suite le ton.
Premier arrêt : le Refuge du Carro


Premier objectif intermédiaire : le Refuge du Carro, perché à 2759 m entre le Lac Noir et le Lac Blanc. C’est le plus haut refuge de Savoie, idéal pour une nuit d’acclimatation avant des courses plus ambitieuses (Albaron, Grande Aiguille Rousse).
Le sentier monte franchement mais sans piège, on progresse dans les alpages puis on passe dans le minéral. Les gardiens sont accueillants, on a bu un coup et repris des forces avant d’attaquer la suite. Le refuge offre des panoramas splendides sur les glaciers de l’Albaron et la crête frontière des Levanna — à lui seul, il vaudrait déjà le déplacement.
La montée finale vers le col


Du refuge au col, il reste 400 m de D+ et le décor bascule complètement. Pierrier instable, moraine mouvante : aucun passage technique au sens alpinisme, mais une vraie attention pour éviter les glissades. Sentier qui serpente, on pose les pieds avec méthode.
Et puis la crête arrive, et le spectacle se révèle d’un coup : panorama italien vers le Grand Paradis, un aperçu du Mont-Blanc au nord, et côté Maurienne les glaciers du parc. Mon binôme, en voyant le paysage, m’a lancé :
« Tu vois, le Grand Paradis, ok. Mais ici, on est déjà au petit paradis. »
Je retiens la formule.
La forêt de cairns


Au col, la particularité saute aux yeux : des cairns par centaines, certains d’un mètre de haut, empilés par les générations de randonneurs et de bergers qui ont passé ce point depuis des siècles. Ce n’est pas un sommet au sens classique, plutôt un seuil — un col transfrontalier planté d’une forêt de pierres, à la fois boussole et mémoire collective.
On a pris le temps de traîner là-haut, de manger un morceau, de regarder la lumière tomber sur les Levanna. À 3149 m, le vent constant tranche, mais la récompense est pleine.
Anecdote historique — le col transfrontalier
Le Col du Carro a longtemps été un passage stratégique entre la France et l’Italie, reliant la vallée de l’Arc à celle du Val d’Orco. Historiquement, il servait aux bergers piémontais pour transiter leurs troupeaux, et aux contrebandiers qui profitaient de l’isolement du passage.
C’est aussi par ce col que certains alpinistes du début du XXᵉ siècle ont accédé à la Levanna occidentale et à la Grande Aiguille Rousse, en reliant les refuges du Carro et des Évettes. Aujourd’hui, il reste un point de jonction symbolique entre deux cultures de montagne, marqué par ces cairns empilés par milliers.
Infos pratiques
Ce n’est pas une sortie pour débutants malgré son absence de difficulté technique. 1200 m de D+ étalés sur 19 km aller-retour, altitude au col qui peut écorcher si on n’est pas acclimaté. Comptez 6h30 à 7h selon le rythme et les pauses au refuge.
La descente italienne vers Ceresole Reale, via les câbles, est une autre paire de manches : c’est une via ferrata avec longes et baudrier obligatoires. Si c’est votre projet, équipez-vous en conséquence et prévoyez la logistique retour (pas de voiture-relais simple entre les deux vallées).
Pour les conditions — état des passages, enneigement tardif, niveau de l’Arc pour les traversées — un coup de fil à l’Office de Tourisme de Bonneval-sur-Arc ou au gardien du Refuge du Carro est plus fiable que n’importe quelle météo en ligne.
Infos pratiques
Point de depart
Depuis Bonneval-sur-Arc, continuer la D902 jusqu'au hameau de l'Écot puis parking (2036m, 7€/jour en été). Navette saisonnière possible depuis Bonneval si on préfère laisser la voiture en bas. Sentier balisé dès le parking.
Trace GPX
Importez la trace GPS dans votre montre ou application (Garmin Connect, Komoot, Gaia GPS, Iphigenie...).
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Refuge du Carro (FFCAM) · 2759m
Le plus haut refuge de Savoie, posé entre Lac Noir et Lac Blanc. Gardienné mi-juin à mi-septembre. Camp de base idéal pour alpinistes (Albaron, Levanna, Grande Aiguille Rousse).
Office de Tourisme (conditions a jour)
Office de Tourisme Haute-Maurienne Vanoise — Bonneval-sur-Arc
Le Village, 73480 Bonneval-sur-Arc
Trace Garmin
Galerie
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Meteo — Bonneval-sur-Arc
Conditions et previsions pour l'itineraire
En montagne, les conditions changent vite. Un orage peut devenir dangereux, le brouillard desoriente, la neige residuelle allonge les passages. Avant de partir, consultez les bulletins, prevoyez une fenetre meteo stable, et en cas de doute, appelez l'Office de Tourisme ou le bureau des guides.
Apprendre a lire la meteo en montagne →Questions frequentes
Quelle est la meilleure période pour monter au Col du Carro ?
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De juillet à mi-septembre. Avant, des névés persistants peuvent compliquer le passage vers le col (3149m). Après mi-septembre, risque de neige précoce et fermeture du refuge.
Faut-il du matériel d'alpinisme ?
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Non pour le col côté français. Bons chaussants de rando, bâtons utiles pour la descente, casque recommandé dans la partie moraine. Pour la descente italienne vers Ceresole Reale (via câbles), c'est une via ferrata : longes et baudrier obligatoires.
Le Refuge du Carro est-il accessible sans réservation ?
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En journée pour manger, oui. Pour dormir, réservation obligatoire en haute saison via le site FFCAM. C'est le plus haut refuge de Savoie, très prisé en juillet-août.







