Quand j’avais quinze ou seize ans, on grimpait dans la carrière de Ninane avec un copain. Un jour, des échelons sont apparus dans la falaise. On ne savait pas que ça s’appelait une via ferrata. C’était le tout début de la mode chez nous.
On s’est fabriqué des longes avec des bouts de corde, et on s’est engagés là-dedans complètement inconscients. Pas d’absorbeur de choc, pas de matériel adapté, rien. Il faut savoir un truc sur cette via ferrata du Fond des Cris : c’est une des plus dures que j’aie faites, France et Belgique confondues.
Forcément, on s’est retrouvés coincés au milieu de la paroi. Nos longes étaient trop courtes pour passer le surplomb. Heureusement, j’avais une corde dans le sac. On s’est laissés filer en rappel depuis le dévers. Le passage vu d’en bas était franchement extraordinaire.
Quelques années plus tard, on a compris ce qu’on avait fait. On est revenus avec du vrai matériel. Depuis, je la refais souvent.
Le Fond des Cris, ou l’art de ne pas se surestimer
Aujourd’hui je suis le premier à mettre en garde. Cette via ferrata de Ninane n’est pas pour toutes les jambes. Techniquement, c’est du sérieux. Physiquement, c’est une autre histoire : ça ne s’arrête jamais. Toujours les bras, toujours les surplombs, toujours les dévers. Même avec la meilleure technique du monde, il faut de la force et de la résistance.
J’en ai eu la confirmation après avoir publié l’article et la vidéo du Fond des Cris. J’avais aussi relayé sur le groupe Facebook Via Ferrata de France, animé par mon ami Victor Laurent, dont je parle déjà sur ma page via ferrata. Un couple m’a contacté pour que je les emmène au Fond des Cris. Je les avais prévenus de la difficulté, ils étaient sûrs d’eux.
On y est allés. Au milieu du parcours, la fille a craqué physiquement. Bloquée. Ce jour-là, je n’avais pas pris de corde. J’ai dû la laisser dans la falaise, rouler dix kilomètres jusque chez moi, revenir avec une corde, et la faire descendre en moulinette.
J’ai vu pas mal de gens faire demi-tour sur cette via. La cotation ED, elle ne sort pas du chapeau.
Pont-à-Lesse, la perle pour démarrer
Au château de Pont-à-Lesse, c’est l’inverse. Cette via ferrata est une très belle entrée en matière. D’abord parce qu’on est dans un décor un peu montagnard, ce qui est rare en Belgique et toujours agréable à retrouver. Ensuite parce qu’elle reste faisable pour les débutants.
À la toute fin du parcours, des mini-itinéraires d’entraînement vont de facile à extrêmement difficile. Il y en a pour toutes les jambes. C’est un parcours d’exception pour le pays.
Namur, tyrolienne et rappel de vingt mètres
Celle de Namur, je la trouve très intéressante techniquement. Il y a une tyrolienne, puis un rappel de vingt mètres. Le rappel n’est pas anodin : il faut connaître les techniques, avoir été formé, avoir le matériel adéquat. On ne s’engage pas dans un vingt mètres en vache.
Elle est un peu plus dure que Pont-à-Lesse. Le décor, par contre, n’est pas génial : l’autoroute est juste à côté. On ne va pas se mentir là-dessus. Mais le tracé vaut le détour pour les exercices techniques.
Durbuy Adventure, la déception du lot
Adventure Valley à Durbuy est privée et payante. Franchement, je vous la déconseille. C’est un truc en béton, pas de la roche. Physiquement, oui, c’est dur. Mais l’esprit n’y est pas.
Remouchamps et les deux perles à venir
Il me reste encore deux spots que je ne nomme pas ici. Ils arrivent prochainement sur le site, et je préfère les garder pour leur dossier complet.
Il y a aussi celle de Remouchamps, du côté de l’église de Dieupart. Elle est privée et passe par un club flamand pour qu’on puisse la faire. Je vais d’ailleurs les recontacter, parce que je me rappelle qu’elle était très chouette.
Pas si mal pour un pays sans montagne
Voilà ce que la Belgique a à offrir en via ferrata. Pas beaucoup en quantité, mais une vraie diversité d’engagement. De la balade pour débutant motivé jusqu’à l’ED qui demande de la force pure. Ce n’est pas si mal pour un pays sans montagne.
Pour aller plus loin sur la discipline elle-même, le travail de Victor sur franceviaferrata.fr reste la référence francophone, et de très loin.
